Malgré deux cabrioles et une crevaison, JP garde le sourire

BARTOUILLE EPIPHANIE

La galette partagée, les fèves ont couronné des foules de rois, le Carnaval va commencer. Mais une épiphanie est avant tout la manifestation de quelque chose qui était caché.
Or dans ce parcours familier qui devait nous entraîner par des voies classiques d’Arbus et Parbayse à Abos, Monein et Lahourcade, une banale crevaison fut le germe d’une révélation. Nous descendions à grands tours de manivelles derrière Raphaël et Philippe, fougueux lévriers. Votre serviteur, lui, l’œil rivé sur les roues arrières, distancé, s’évertuait à recoller après en avoir bavé dans la montée d’Arbus.
Mes jambes, froides, pâles et douloureuses, accaparaient les miettes d’énergie que n’avait pas mobilisées la paresseuse digestion qui affligeait ma ceinture abdominale. Pour économiser mes forces déficientes, j’évitais donc les gestes inutiles, comme tourner la tête sur les côtés. C’est alors que je ne vis pas JP, capitaine du jour, arrêté sur le côté, chambre à air percée. Je n’entendis pas non plus son appel, mes esgourdes étant elles aussi en service minimum je suppose.

Ainsi livrés à eux-mêmes sans feuille de route, les lévriers de l’avant dépassèrent sans la prendre la direction d’Abos, et je m’épuisai un peu plus encore dans la côte de Parbayse.
On se retrouva là, en haut de la crête de Cuqueron, les lévriers, Ghis aérienne comme toujours, et Henri taureau ailé, André mollets d’acier, Didier B. du solide,  moi, haletant dans la rouille, puis JP qui nous rejoignit à la force des rustines.

 Alors on décida de jeter la feuille de route par dessus bord et on prit la crête à droite.
La voie devenait de plus en plus étroite au fur et à mesure que nous choisissions les embranchements qui nous paraissaient les plus sauvages, quand tout à coup elle se déroba à nos regards. On mit pied à terre ; ça plongeait fort, on hésita. Et on plongea. Jusqu’au virage au coin d’une grange, où ce ne fut plus que de la terre et des cailloux. Demi-tour. Trop de pente pour passer sereinement le « 30 ». A la main. Tu soulèves le vélo d’une main, tu descends les plateaux et tu remontes les pignons de l’autre et hop. Même tout à gauche, il a fallu se mettre debout sur les pédales pour remonter. Sauf Ghis l’aérienne. Et Raphaël, lui pas besoin du petit plateau !
Revenus au carrefour de l’erreur nous estimâmes intuitivement qu’il fallait prendre la direction que nous avions initialement méprisée, ce qui supposait un délicat virage en angle aigu et pentu sur lit de gravillons. C’est la que JP chut une première fois. Et Ghis de prendre les photos du sinistre, et nous de rire comme des gosses au cirque.
Nous sommes repartis par le bon chemin, jusqu’à un croisement où il fallut faire un nouveau choix. Nous fîmes une nouvelle fois le mauvais. Les circonstances s’avéraient analogues, pente, terre, cailloux, entrée de ferme, et JP chut pour la deuxième fois. Même pas mal, cuissard même pas déchiré. Passage manuel sur le 30, remontée en danseuse etc.

Il ne restait plus qu’une alternative : le chemin Bartouille. Il nous mena à travers les châtaigniers sur une étroite corniche en surplomb au dessus des vignes. Il n’y avait plus une grappe. Depuis plusieurs semaines le jus était dans les barriques, et tout en pédalant nous laissions nos esprits divaguer dans les vapeurs dorées du petit Manseng.
Un peu plus haut le rideau des arbres se déchira, laissant jaillir la splendeur du paysage. Ce même paysage qui défile à longueur de saisons, l’horizon étincelant de blancheur, les faces nord de glace bleutée restituant pour notre émerveillement la géométrie de nos montagnes sacrées. On décida d’une halte. Nous étions tous les huit en rang d’oignons face à la pente, à contempler sans rien dire, comme si dans une luxueuse inspiration nous pouvions nous remplir de beauté.

 

Le vélo est bien plus qu’un simple édifice de métal et de cambouis.

C’est en cela que la pause sur le balcon de Bartouille fut une épiphanie. Par des chemins inhabituels, nous redécouvrions ce que l’habitude nous cachait. Il suffisait de se perdre un peu pour que se renouvelle l’émotion partagée. 

 

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